11 juin 1988, 24 Heures du Mans. Dans la ligne droite des Hunaudières, la WM P88 de Roger Dorchy passe au radar à 407 km/h — propulsée par un V6 PRV biturbo d'environ 910 ch. Deux ans plus tard, des chicanes coupent la ligne droite en trois. Le record était figé à jamais.
Gérard Welter et Michel Meunier ne sont pas motoristes de métier : tous deux sont stylistes chez Peugeot. Chaque année pourtant, de 1976 à 1989, leur petite écurie WM s'aligne aux 24 Heures du Mans — toujours en V6 PRV. Leur objectif est singulier. Pas la victoire au général, hors de portée d'une petite structure privée, mais une couronne : être les plus rapides du monde dans la ligne droite des Hunaudières.
L'opération porte même un nom : le « Projet 400 ». Sous les carrosseries de la P82 puis de la P87, le PRV monte en puissance — 600, puis 890 ch. En 1987, la P87 frôle le but. Pour 1988, la P88 reçoit l'évolution ultime : le ZNS5, un PRV de 2 974 cm³, 24 soupapes, biturbo, porté à environ 910 ch.
Pendant l'édition 1988, Roger Dorchy lance la P88 dans les six kilomètres de la ligne droite. Le radar la saisit : 407 km/h. Aucune voiture n'était jamais allée aussi vite au Mans — et à ce jour, aucune n'y est jamais parvenue.
Détail savoureux : le chiffre est officiellement annoncé à « 405 km/h »… pour coïncider avec le lancement de la toute nouvelle Peugeot 405. Le vrai nombre, 407, deviendra lui-même le nom d'un modèle Peugeot des années plus tard. Quand votre record est si grand que le constructeur baptise ses voitures d'après lui, deux fois — c'est que vous êtes entré dans l'histoire.
En 1990, pour des raisons de sécurité, deux chicanes sont ajoutées dans les Hunaudières, découpant les six kilomètres de ligne droite en trois tronçons. Les vitesses de pointe chutent aussitôt bien sous les 400 km/h — et n'en ont plus jamais approché. Aucune voiture courant au Mans ne reverra jamais une ligne droite assez longue.
C'est ce qui rend la marque de la P88 unique dans le sport automobile : pas un record en sursis, mais un record qui NE PEUT PAS être battu. Le tracé lui-même le protège. Et en son cœur, la même architecture V6 à 90° qui propulsait une berline Volvo de 125 ch — poussée ici à 910 ch.
