Philippe Bouvard, monument de la radio et de la télévision françaises, s'est éteint le 24 août 2026 à 96 ans. Parmi ses nombreuses voitures, une seule raconte sa vie mieux que toutes les autres : une Peugeot 604 Limousine allongée par Heuliez, aménagée en bureau roulant — radiotéléphone des PTT, machine à écrire, bureau escamotable — et propulsée par le V6 PRV. C'est lui-même qui l'a offerte au musée de l'Aventure Peugeot. Voici l'histoire de cette voiture.
Né le 6 décembre 1929 à Coulommiers, Philippe Bouvard a passé plus de soixante ans à courir d'une rédaction à l'autre : chroniqueur de presse, homme de télévision, et surtout voix fondatrice des « Grosses Têtes », qu'il anime sur RTL de 1977 à 2014 avant de poursuivre avec « Allô Bouvard » jusqu'en 2025 — retraité à 95 ans. Il travaillait jusqu'à seize heures par jour, et toute sa vie s'organisait autour d'une obsession : ne jamais perdre une minute.
L'automobile était l'autre passion. Son garage racontait une vie de conducteur français : une Peugeot 204, une 404, un 504 Coupé — déjà propulsé par le V6 PRV — et plus tard jusqu'à une Mercedes 600. Mais entre les embouteillages parisiens et les horaires de studio, un problème demeurait : les heures perdues sur la route. Sa réponse fut radicale, et bien à son image : si la route vous vole votre temps, installez le bureau dans la voiture.
LE BUREAU ROULANT AU TRAVAIL — ANIMATION PAR IA D'UNE ILLUSTRATION RESTAURÉE D'APRÈS UNE IMAGE D'ARCHIVE INA ; LA SCÈNE EST AUTHENTIQUE, CES IMAGES NE SONT PAS L'ARCHIVE.
La voiture de base était elle-même une rareté. Dévoilée au Salon de Paris 1978, la 604 Limousine était l'œuvre du carrossier Heuliez dans ses ateliers de Cerizay : un vaisseau amiral 604 découpé puis allongé de 62 centimètres — celui des quatre allongements étudiés avec Peugeot (17, 25, 62 ou 98 cm) qui fut retenu pour la production — chacun de ces centimètres profitant à l'empattement, pour une longueur totale de 5,34 mètres. Après une longue homologation, elle entre au catalogue officiel Peugeot en 1980, et il ne s'en construira qu'environ 124 exemplaires jusqu'à l'été 1984. Ministères, entreprises et chefs d'État en étaient la clientèle visée.
Sous le capot, la limousine conservait le meilleur moteur essence de la gamme : le V6 PRV en version ZMJ — 2 664 cm³, injection Bosch K-Jetronic, 144 ch — celui des 604 Ti et STI. Déplacer dans Paris près de 1,6 tonne d'acier allongé et de ronce de noyer demandait exactement ce que le V6 de Douvrin faisait le mieux : la douceur, le silence, le couple sans effort. Quelques exemplaires turbo-diesel furent aussi produits à la demande, mais la voiture de Bouvard était un V6 — évidemment.
Ce qui rendait la limousine de Bouvard unique, c'est tout ce que Heuliez installa derrière la séparation chauffeur vitrée. Des tablettes en ronce de noyer. Des liseuses directionnelles, pour corriger ses épreuves de presse la nuit. Une machine à écrire fixée sur une tablette d'acajou. Une télévision et un magnétoscope. Un bureau escamotable électriquement. Et la pièce la plus rare de toutes : un radiotéléphone 150 MHz, à une époque où les PTT n'attribuaient ces lignes qu'au compte-gouttes — un privilège qui faisait de la banquette arrière une véritable annexe de ses rédactions.
La voiture travaillait autant que son propriétaire. Un chauffeur et deux secrétaires se relayaient à bord : pendant que Paris défilait derrière les vitres entre Saint-Germain-des-Prés et les Grands Boulevards, Bouvard dictait, la secrétaire tapait, le téléphone répondait. Chroniques, textes de radio, pages de livres — une partie de ce que la France a lu et entendu de lui ces années-là a été produite sur la banquette arrière d'une 604, au-dessus d'un V6 PRV au ralenti dans les embouteillages.
Le bureau roulant était assez célèbre pour que la télévision vienne le filmer. Le 8 octobre 1990, dans l'émission « Zapper n'est pas jouer » (FR3), Philippe Bouvard fait lui-même la visite guidée de sa voiture-bureau à Vincent Perrot : le plan de travail, le radiotéléphone, le poste de radio, la télévision et son magnétoscope, la pendule — et, précise la notice de l'INA, la possibilité d'y dormir. L'association a partagé cette archive sur sa chaîne YouTube ; elle vaut chacune de ses deux minutes.
« LA VOITURE BUREAU DE PHILIPPE BOUVARD » — FR3, 8 OCTOBRE 1990, ARCHIVE INA · @PRVCONCEPT
En 1998, Philippe Bouvard choisit pour sa limousine la retraite la plus élégante qui soit : un don officiel à l'association L'Aventure Peugeot. La voiture quitte le pavé parisien pour les collections du musée de l'Aventure Peugeot à Sochaux (Doubs), où elle est toujours exposée aujourd'hui avec son aménagement d'époque intact — machine à écrire, téléphone et bureau en place, exactement telle qu'elle travaillait. Elle est même revenue à Paris pour Rétromobile en 2004, présentée pour ce qu'elle est : pas seulement une limousine rare, mais le portrait de son propriétaire en tôle.
Philippe Bouvard s'est éteint le 24 août 2026, à 96 ans. Quelque part à Sochaux, une 604 allongée, V6 PRV sous le capot, garde son bureau ouvert. De la part de toute l'équipe de PRV Concept : merci, Monsieur Bouvard.
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